Quand un nouveau modèle d’IA apparaît, la première chose que nous demandons est : « Qu’est-ce qu’il sait faire ? » Il calcule du code, dessine des images, écrit nos lettres à notre place. Nous le mesurons comme on mesure un salarié en période d’essai — à la liste des tâches qu’il nous retire des épaules.
Mais remarquez ce qui se passe en vous pendant que vous lisez une nouvelle de plus sur ses capacités. Là, sous la curiosité, une autre question remue doucement. Non pas « qu’est-ce qu’il sait faire ? », mais « que restera-t-il de moi ? ».
La première question est technique. N’importe quel mode d’emploi y répond. La seconde est existentielle, et personne n’y répondra à votre place. Car il ne s’agit plus de ce que fait la machine, mais de ce que signifie être humain à côté d’elle.
Nous avons l’habitude de nous définir par ce que nous faisons : je suis celui qui calcule, qui écrit, qui décide. Et soudain il s’avère qu’un autre peut le faire, plus vite et sans fatigue. Alors qui suis-je — sinon un ensemble de fonctions ?
Je crois que la machine ne nous enlève pas le sens. Elle nous rend la question du sens — celle-là même dont nous nous cachions derrière nos occupations.
Et vous, que demandez-vous en premier devant un nouveau modèle — ce qu’il sait faire, ou ce qu’il change en vous ?
